Marketplace administration publique

Et si la souveraineté de l’Etat de ces collectivités territoriales (Régions, Départements, Métropoles etc.) passait par une plateformisation ou par le modèle Marketplace ? Depuis peu, nous constatons une adhésion aux places de marché de la part de certaines organisations du secteur public, et ce, bien avant la crise sanitaire du 1er semestre 2020 qui n’a fait qu’accélérer cette conversion.

Les plateformes de mise en relation et les Marketplaces apportent des solutions concrètes aux Administrations Publiques qui centralisent autant de cas d’usages que d’organisations. Nous pouvons cependant regrouper ces cas d’usage sous 4 grandes typologies de relations entre les 3 acteurs de la chaîne de valeur (composées des Administrations, des entreprises privées et des usagers) :

« Marketplace G2B » (Government To Business) : Administration au service des entreprises

Les places de marché, où une Administration ou une collectivité agit comme un opérateur de place de marché, commencent à devenir monnaie courante. La vocation reste souvent la même, à savoir : la promotion et la valorisation des biens et services publics. Nous pouvons prendre pour exemple la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) qui a lancé il y a quelques années la CCIStore, une Marketplace de services en ligne (logiciels, applications, e-services et outils) destinée aux TPE/PME. Cette plateforme constitue aujourd’hui un annuaire exhaustif de services qui n’inclut pas les transactions mais qui agit à la fois en qualité de facilitateur de mise en relation et de tiers de confiance.

C’est également le cas pour « les-aides.fr », site d’information des CCI sur les aides aux entreprises à destination des TPE/PME qui aguille également l’entreprise privée sur les aides et sur l’interlocuteur à contacter dans le cadre de ses démarches.

Il est fort à parier que ces deux acteurs ambitionnent d’aller au-delà de la simple mise en relation afin d’y intégrer la partie transactionnelle et offrir une véritable promesse pour les entreprises.

« Marketplace G2C » (Government To Customer) : Administration au service des usagers

L’Etat et ses collectivités sont également des opérateurs légitimes pour opérer des plateformes numériques et des places de marché à destination des usagers pour une multitude d’objectifs stratégiques. Le protectionnisme d’une filière ou d’un secteur constitue l’un d’entre eux. Avec « le-taxi » (aujourd’hui en version beta), l’Etat entend offrir aux usagers un registre numérique de taxis sur tous les bassins géographiques en y incluant la géolocalisation, (transaction, circuit de la validation de la course, prise en charge du client, paiement) ainsi que la notation de la course. En somme, un nouveau concurrent d’Uber visant à soutenir les taxis français et leur offrir davantage d’activités.

En réaction à la situation de crise économique de 2020, la Caisse des Dépôts et Consignation a annoncé son « plan Marshall » avec, en autres, un projet de plateforme numérique pour soutenir et relancer le secteur du Tourisme et des Loisirs.

Le modèle Marketplace offre donc aux Administrations un outil de développement de l’économie locale/nationale. C’est le cas de la Marketplace « En bas de ma rue » initialisée par la CCI Nord Isère qui fait la promotion des commerciaux régionaux. Le maillage peut être encore plus fin, c’est-à-dire à La Métropole ou à la Mairie, comme l’exemple de la Marketplace de Toulouse qui travaille à soutenir ses commerces de proximité.

Mais A noter que les modèles et les objectifs sont relativement nombreux sur ce volet qui possède autant de cas d’usages que d’organismes administratifs (et de programmes politiques !). Une métropole, un département ou une région pourrait décider d’instaurer une plateforme numérique afin de mettre en relation des usagers avec des crèches, des coachs sportifs, des nourrices, des notaires, des administrations locales. Ces derniers sont bien évidemment assermentés, contrôlés, ou certifiés par l’organisation qui souhaite opérer cette plateforme.

« Marketplace B2G » (Business To Government) : Les entreprises vers l’Administration

Avec la mise en place de StopCovid19.fr, place de marché d’intérêt public soutenue par le Ministère de l’Économie et des Finances, l’Etat a voulu être le facilitateur tiers de confiance entre des offreurs (gels hydroalcooliques et masques) et des organisations (publiques et privées).

Dans ce cas particulier (lié spécifiquement à une crise sanitaire), l’Etat n’a pas hésité à devenir opérateur pour agréer des offres de fabricants, d’industriels ou encore d’autres organisations privées (françaises, européennes ou internationales) afin de soutenir ses services de santé, ses Administrations et ses collectivités.

Il est probable que ce cas d’usage donnerait des idées à d’autres des organisations publiques relativement importantes qui opteraient pour ce modèle en répondant à un besoin d’intérêt national spécifique, à une crise ou -par anticipation- à des évènements. Encore faut-il résoudre le problème du sourcing et de la sélection des entreprises privées qui doit être aligné avec les missions de service public et respecter la notion de distorsion de concurrence…. Ainsi que le montage juridique et la gouvernance opérationnelle.

« Marketplace G2G » (Government To Government) : L’Administration vers l’Administration

A l’image des Marketplaces d’e-procurement, place de marché « interne à une organisation, il s’avère assez facile d’imager tous les bénéfices pour l’Administration d’une plateforme Marketplace à destination d’autres Administrations. C’est notamment l’ambition de la Direction Interministérielle du Numérique (DINUM) qui souhaite proposer un catalogue d’applications et de services numériques labellisés.

Autre exemple mais effectif cette fois, celui de l’Union des Groupements d’Achats Publics (UGAP), centrale d’achat générique proposant une large gamme de produits directs (stratégiques) et de services sélectionnés dans le respect du Code des marchés publics. Cette dernière est très proche de la chaîne de valeur Marketplace à quelques spécificités près.

Sa petite sœur, MAPADirect quant à elle, est une véritable Marketplace de matériels et de fournitures de bureau à destination des institutions publiques (achats non stratégiques).

Au travers des différents modèles, cas d’usages et exemples concrets, il est facile d’entrevoir un potentiel grandissant des places de marchés pour le secteur public, exacerbé de surcroît par la cirse de la COVID-19 et la transformation digitale des organisations (privées ou publiques). Chaque institution publique pourrait être en mesure de créer sa propre Marketplace pour un besoin spécifique, voire trop spécifique. Il reste préférable d’avoir un objectif de « mutualisation » afin de bénéficier des effets de levier et de rationnaliser les coûts (coûts technologiques, coûts Marketing et de communication, masse salariale etc.) d’autant que les places de marché offrent une nouvelle forme d’indépendance et de liberté aux organisations territoriales, désireuses de reprendre la main sur le tissu régional/local et ne pas attendre que les initiatives émanent de la tête des administrations centrales.

De ce fait, allons-nous assister à une « révolte girondine » du numérique ?

Lien vers notre webinar dédié sur le sujet: https://attendee.gotowebinar.com/recording/3610327101513231883

Alexandre Onufryk

Managing Consultant – Expert Marketplace

aonufryk@redsen-consulting.com

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