Si la situation du marché dans son ensemble est prometteuse (forte croissance, grandes perspectives), la bataille entre les acteurs n’est pas aussi limpide qu’il n’y paraît. Certes, on voit bien qu’Amazon et Microsoft font la course en tête, mais derrière ses deux leaders, les choses sont déjà plus floues.

Revenons sur l’affrontement des deux premiers. Depuis le début, Amazon est le leader naturel du marché qu’il a contribué à inventer et à faire décoller.

Déjà, en termes de capacités brutes, il n’y en a que trois qui peuvent prétendre jouer dans la cour des très grands : Amazon, Microsoft et Google. Seuls ces trois-là ont les ressources nécessaires et prouvées pour répondre à n’importe quelle demande de n’importe quel (gros, très gros !) client… Mais, en réalité, Google est (pour le moment) hors-jeu du duel au sommet et pour une raison très simple : les applications Google sont le premier et principal client de “Google infrastructure” et cette dernière a déjà bien du mal à satisfaire son “client”, à suivre ses évolutions et ses exigences avant de pouvoir penser à poursuivre une vraie politique commerciale ambitieuse et agressive. Bien entendu, les déclarations répétées de Google s’échinent à affirmer tout le contraire : le marché du cloud est “stratégique” pour Google et le géant fera tout ce qu’il faut pour y figurer en bonne place (comprendre “tout en haut”).

Au plus profond de ses racines, Google reste une société orientée sur le B2C (tout comme Apple d’ailleurs, qui est le grand absent de ce marché du cloud…), raisons qui vont limiter son effort sur le cloud B2B.

Reste donc Amazon et Microsoft. Certaines études prétendent que MS Azure croît désormais plus vite qu’AWS, mais d’autres établissent que ce dernier aurait encore augmenté sa part de marché du cloud “public” (44,2% en 2016, contre 39,8% en 2015, selon Gartner… oui, ce sont des chiffres de 2016, mais les chiffres connus de 2017 -chronique rédigée en décembre 2017- confirment cette tendance). Microsoft préfère se concentrer sur le marché “entreprise” et il semblerait qu’il y ait une (mauvaise) raison pour cela : les machines virtuelles d’AWS démarrent plus rapidement que celles d’Azure, un point crucial dans le domaine ultra-compétitif du cloud public. S’il faut une minute pour que le stockage se fasse en ligne ou pour accéder à votre Dropbox, c’est 40 secondes de trop… Cette différence va forcément s’atténuer avec le temps, mais, pour le moment, AWS domine encore le marché de la tête et des épaules.

IBM et Oracle en retard
OK pour les trois géants déjà cités, mais quid des challengers ?

En particulier IBM et Oracle… Oracle paye en ce moment le fait de s’être réveillé un peu tard vis-à-vis du cloud, trop longtemps négligé (ou, plus exactement, pas traité avec l’urgence nécessaire). Dans le cas d’Oracle, ça s’explique facilement : d’une part, il lui fallait terminer de solder l’héritage du rachat de Sun. D’autre part, les ventes de logiciels étaient encore conséquentes et dissuadaient Oracle de remettre en cause sa principale vache à lait (l’habituel dilemme des innovateurs) en accentuant trop son offre “cloud” au détriment de son offre traditionnelle…

Aujourd’hui, il ne reste quasiment rien de l’ancien Sun, le gâchis est complet, Oracle peut donc passer à autre chose. Mais il est un peu tard : les concurrents n’ont pas attendu et le marché tend à privilégier ceux qui sont les plus convaincus face à la tendance du moment (SAP est dans la même situation d’ailleurs…).

Oracle pêche aussi et surtout  au niveau de la capacité. Larry Ellison peut bien parler de baisser les prix des services cloud (et il ferait bien de commencer par les siens car l’offre d’Oracle en la matière est plutôt cher), mais s’il ne peut pas supporter au moins un million de sièges virtuels (et il ne le peut pas), son prix n’a pas vraiment d’importance.

Pour IBM, la situation est encore plus grave : après avoir affirmé et répété que le cloud était sa priorité absolue, force est de constater que les résultats tardent à venir (même si son activité cloud est effectivement en forte croissance, ça ne suffit pas)… Big Blue est dans le rouge depuis une vingtaine de trimestres et ça commence à faire beaucoup !

En cinq ans, le chiffre d’affaires d’IBM s’est réduit de 25% (alors que, parallèllement, ses concurrents du cloud progressaient à grands pas !).

Enfin, n’oublions pas les Chinois. Même si les leaders actuels sont principalement américains, les entreprises chinoises (Alibaba, Baidu et Tencent) commencent à figurer dans le haut du classement et les analystes promettent qu’au moins l’une d’entre elles fera partie du “top 5” dans quelques années…

OVH voit grand…
Finissons par les acteurs francophones qui ne peuvent prétendre aux premières places mondiales, mais qui ne sont pas ridicules pour autant (avoir un géant comme interlocuteur n’est pas toujours le meilleur choix quand on est une PME !) comme Outscale ou OVH.

Pour ces acteurs plus modestes, la problématique est la même que pour les très grands : faire grandir son infrastructure en permanence tout en restant en phase avec les évolutions techniques au fur et à mesure qu’elles s’imposent. OVH prévoit d’ouvrir cinq nouveaux datacenters. Du coup, son infrastructure cloud comprend aujourd’hui 27 centres de données répartis sur douze sites dans huit pays. À l’avenir, OVH vise cinquante datacenters, soit près du double du chiffre actuel. Ces cinquante sites mettraient OVH presque à parité avec AWS, Microsoft ou IBM, qui disposent aujourd’hui chacun de plus de quarante datacenters dans le monde (bien entendu, avoir peu ou prou autant de datacenters ne signifie pas que ceux-ci sont de la même puissance… et les grands acteurs vont eux aussi augmenter leurs capacités ci-fait que l’écart risque bien de rester le même…). Effort semblable pour Outscale, la filiale cloud de Dassault Systèmes. Au programme : l’expansion de son infrastructure à 35 datacenters en 2025, contre dix aujourd’hui.

Voici la courbe de généralisation du marché du cloud. Nous en sommes en plein dans la phase “suiveurs”… C’est bien mais il reste encore du chemin…


Maturité et généralisation
Le marché du cloud est arrivé à son premier stade de généralisation : celui où ce ne sont plus seulement les pionniers qui expérimentent, mais où ce sont les utilisateurs “ordinaires” qui se l’approprient, en masse. Cette nouvelle phase va voir l’état de la concurrence changer de dimension : les acteurs vedettes vont vouloir garder leurs avantages et les retardataires sont pressés de montrer qu’ils sont sérieux sur le secteur. Si bien que les prix des prestations vont rester compétitifs et la fragmentation marketing va encore s’accentuer (de nouvelles “spécialités” vont apparaître afin de permettre un semblant de différenciation). Le rythme du marché va encore s’accélérer, car le cloud va vite devenir le secteur N°1 du domaine informatique. Même si les freins à l’adoption du cloud vont rester bien réels, ils ne vont plus suffire à justifier une stratégie d’attente : devant l’accélération du marché, tous les clients vont devoir se poser la question d’une utilisation plus ou moins large des services de type cloud et avoir de très bonnes raisons à mettre en avant s’ils choisissent encore de ne pas le faire.

Dans la seconde chronique sur le cloud, nous allons approfondir les tendances actuelles afin de prévoir les évolutions futures, tant les plans techniques qu’économiques. Restez avec nous sur ce sujet passionnant !

Commentaire

  1. Le géant IBM n’est pas encore mort. Avec le rachat de RedHat annoncé ce week-end, IBM comble son retard et signe la mort de l’open source pour la constructions de solutions cloud. La prochaine vague qui va réformer en profondeur la virtualisaiton sera la mise en conteneurs des applications en back-end serveurs. Là aussi IBM sera bien placé avec sa solution openshift maintenant arrivée à maturité.

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