La croissance des services cloud est importante, à tel point qu’elle devient le phénomène du moment dans le milieu informatique… Il était temps !

En 1998, j’avais rédigé et publié la chronique “L’internétisation de l’informatique”. A l’époque, si j’avais vu juste sur la tendance (Salesforce apparaissait dès l’année suivante), je n’avais pas imaginé qu’il faudrait encore vingt ans pour que cela devienne une réalité concrète et solide…

Le marché du cloud a vraiment commencé en 2006, inventé par Amazon avec son offre AWS et n’a pas arrêté d’évoluer à grands pas depuis. Ceci dit, même si la croissance et les chiffres bruts sont impressionnants (on parle de 260 milliards de dollars pour 2017, en augmentation de presque 20% par rapport à l’année passée), le cloud, dans toutes ses déclinaisons, ne représente encore qu’une fraction réduite des dépenses totales en informatique (à peine un dixième, en comptant large !).

Pourtant, on sent bien que “l’heure du cloud” est enfin arrivée quand on voit comment les grands acteurs veulent désormais se faire une place sur ce marché. Le cloud est devenu le secteur de l’avenir de l’informatique et quasiment tout le monde en est à présent persuadé.

Cette vague est évidemment liée à la volonté des entreprises d’avoir de plus en plus recours aux services proposés sur le cloud, mais aussi au fait que de plus en plus de vendeurs de logiciels proposent certains services exclusivement sous forme de SaaS.

Définitions (le S est de rigueur !)
En murissant, le domaine du cloud devient plus structuré, mais aussi plus difficile à définir. Les abréviations font florès et n’aident pas à la lisibilité du secteur : IaaS, SaaS, DaaS, PaaS… pas évidentes à comprendre au premier abord !

Allez, on va faire simple et se reporter à la description Wikipedia en la matière :

IaaS (infrastructure as a service)
En français infrastructure en tant que service. C’est le service de plus bas niveau. Il consiste à offrir un accès à un parc informatique virtualisé. Des machines virtuelles sur lesquelles le consommateur peut installer un système d’exploitation et des applications. Le consommateur est ainsi dispensé de l’achat de matériel informatique. Ce service s’apparente aux services d’hébergement classiques des centres de traitement de données, et la tendance est en faveur de services de plus haut niveau, qui font d’avantage abstraction de détails techniques.

PaaS (platform as a service)
En français plate-forme en tant que service. Dans ce type de service, situé juste au-dessus du précédent, le système d’exploitation et les outils d’infrastructure sont sous la responsabilité du fournisseur. Le consommateur a le contrôle des applications et peut ajouter ses propres outils. La situation est analogue à celle de l’hébergement Web, où le consommateur loue l’exploitation de serveurs sur lesquels les outils nécessaires sont préalablement placés et contrôlés par le fournisseur. La différence étant que les systèmes sont mutualisés et offrent une grande élasticité – capacité de s’adapter automatiquement à la demande, alors que, dans une offre classique d’hébergement Web, l’adaptation fait suite à une demande formelle du consommateur.

SaaS (software as a service)
En français logiciel en tant que service. Dans ce type de service, des applications sont mises à la disposition des consommateurs. Les applications peuvent être manipulées à l’aide d’un navigateur Web ou installées de façon locative sur un PC, et le consommateur n’a pas à se soucier d’effectuer des mises à jour, d’ajouter des patches de sécurité et d’assurer la disponibilité du service. Gmail est un exemple de tel service. Il offre au consommateur un service de courrier électronique, et le consommateur n’a pas à se soucier de la manière dont le service est fourni. Autre exemple, Office 365 propose un ensemble de services en abonnement, dont la suite logicielle Office, qui se met automatiquement à jour, l’utilisateur ne se soucie pas de racheter un nouveau logiciel ou de le mettre à jour. On parle ici de location de services hébergés par Microsoft. D’autres exemples de logiciels mis à disposition en Saas sont Google Apps, Office Online ou LotusLive (IBM).

Desktop as a service (DaaS)
Aussi appelé en français « bureau en tant que service », « bureau virtuel » ou « bureau virtuel hébergé » est l’externalisation d’une virtual desktop infrastructure auprès d’un fournisseur de services.

Storage as a service (STaaS)
STaaS : STorage as a Service correspond au stockage de fichiers chez des prestataires externes qui les hébergent pour le compte de leurs clients. Des services grand public tels que Microsoft OneDrive, SugarSync et Box.NET proposent ce type de stockage le plus souvent à des fins de sauvegarde ou de partage de fichiers.

Passage un peu fastidieux mais nécessaire, pour mettre de vrais mots sur ces abréviations !

Des débuts modestes
Le marché du cloud a commencé avec l’offre d’AWS qui se limitait à l’IaaS (Salesforce offrait déjà du SaaS depuis des années ou, pour remonter encore plus loin, Hotmail -racheté rapidement par Microsoft en décembre 97- proposait son service en SaaS dès 1996 !). Mais, plus proche des usages grand public, le STaaS avec Gdrive, DropBox et Box ont popularisé l’Internet partout et pour tout. Désormais, même l’accès à MS Windows peut être géré à travers le Cloud grâce au DaaS.

Barrières et freins
Tout n’est pas complètement rose pour autant dans le monde du cloud… Il subsiste quelques barrières (réelles) et freins (psychologiques) qui ralentissent l’adoption généralisée de l’externalisation (totale ou partielle) de l’informatique. Selon un sondage récent mené par Oracle, près de la moitié des DSI interrogées ont une image encore négative du cloud qui les empêche d’adopter les services de type IaaS. De même, près de la moitié des personnes interrogées pensaient que les IaaS offraient une augmentation de vitesse et de disponibilité, et celles qui les ont adoptées récemment sont généralement plus déçues que celles qui utilisent les IaaS depuis longtemps. Enfin, 45% des utilisateurs de cloud estiment que les coûts de migration vers le cloud surpassent (dans un premier temps) le montant des économies générées par les IaaS.

D’autres se soucient de confier leurs données sensibles à des acteurs étrangers (américains ou chinois). C’est pour cette raison que Le Règlement Général européen sur la Protection des Données personnelles (RGPD, GDPR en anglais) est en cours de discussion dans les parlements européens. Les grands acteurs (Amazon et Microsoft) ont compris cet obstacle et se sont empressés d’annoncer l’ouverture de datacenters directement sur le sol français (dans la même logique, Evok met en avant son implantation uniquement en Suisse…).

Par ailleurs, certaines sociétés (comme NextPrivacy) se sont positionnées sur le cryptage des données à la volée : NextPrivacy Suite (NPS) est un ensemble de composants logiciels répondant à des besoins d’anonymisation et d’encryption de données dans un contexte d’utilisation des services cloud.

Enfin, on peut aussi arguer que l’adoption des services cloud pour son informatique rend l’entreprise ultra-dépendante du prestataire (surtout pour ce qui est du Saas) : ce dernier pourrait fortement augmenter ses tarifs à tout moment (c’est peu probable en cette période vu le niveau de compétition encore féroce sur le marché, mais le danger existe). Pire, le prestataire peut arrêter le service (changement de stratégie) ou faire faillite comme cela est arrivé à Nortel.

Toutes ces remontrances, peurs, freins et barrières reflètent une réaction normale et font partie de la réalité d’un changement aussi profond que celui représenté par le cloud. On passe d’une informatique complètement internalisée à une autre essentiellement externalisée, et cela ne peut se faire sans quelques déboires et déceptions…

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