Les Enterprise Business Capabilities vont-elles sauver les ERP ? 

Certains sont persuadés que les ERP ont encore un brillant avenir devant eux, il leur suffit de rajeunir leur image en adoptant un concept neuf et porteur. C’est le Gartner Group qui a lancé dernièrement un nouveau concept, les EBC, qui pourraient représenter cette fameuse planche de salut permettant aux ERP de rebondir et de repartir pour un nouveau cycle de croissance. 

Que se cache-t-il dernière l’acronyme EBC (Enterprise Business Capabilities) ? 

Il ne s’agit pas d’une technologie mais d’un concept méthodologique bien connu des architectes d’entreprises ayant pour principal objectif de clarifier et de gouverner le processus d’alignement des capacités informatiques sur la stratégie métier (cf. (https://www.redsen-consulting.com/fr/inspired/transformation-digitale/bussines-architecture-service-de-transformation-numerique).

Née dans les années 70 chez IBM, cette discipline (école) est apparue pour répondre à une problématique qui reste au cœur des enjeux des entreprises : Aligner le système d’information avec les besoins métiers (cf.  https://www.redsen-consulting.com/fr/inspired/architecture-entreprise/historique-frameworks).

50 ans plus tard, force est de constater que le problème reste entier. La notion de Business Capabilities est née pour apporter une réponse additionnelle à cet enjeu (https://www.redsen-consulting.com/fr/inspired/transformation-digitale/bussines-architecture-service-de-transformation-numerique).

En fait une Business Capabilities n’est ni plus ni moins qu’une « brique » composée de processus métier, d’intelligence humaine (l’organisation, la connaissance, les compétences, la culture), de solutions technologiques qui, une fois assemblée aux autres Business Capabilities, définit le fonctionnement de l’organisation dans son état actuel ou désiré. On parle de « capability based planning » pour exprimer le fait que les capacités d’affaires constituent la maille élémentaire de la démarche d’alignement du SI sur la stratégie d’entreprise.

L’un des apports incontestables des Business Capabilities est de faciliter le dialogue entre l’ensemble des parties prenantes (direction générale, services métiers et service informatique).  Le vocabulaire employé et les schémas produits sont en effet compréhensibles par tous. Ce qui permet plus facilement de décomposer les problématiques à adresser pour aligner le système d’information avec la stratégie de l’entreprise.  En cinquante ans, les problèmes à résoudre ne sont plus les mêmes. Il ne s’agit plus maintenant de construire depuis une feuille blanche un système d’information global qui réponde de manière exhaustive à l’ensemble des besoins de l’entreprise. En dehors des entreprises qui vivent leurs premières années d’existence, toutes les autres vivent avec un système d’information composé de plusieurs briques d’âge, de maturité et d’efficience hétérogène. Le principal défi de la modernisation du système d’information est de faire évoluer cet assemblage. La métaphore du LEGO prend ici tout son sens pour appréhender la problématique à adresser quand on souhaite faire évoluer son SI (aligné avec les besoins métiers). Considérons que chaque pièce du LEGO correspond à une Business Capabilities. Dans la vraie vie, certaines des pièces ne peuvent pas être touchées (elles sont efficientes, le coût serait trop élevé, …). En parallèle, certaines doivent être impérativement traitées rapidement (changement de paradigme métier, obsolescence du(es) applications qui les supportent…). Grâce à cette vision synthétique on est en capacité de partager cette situation et de visualiser les actions à apporter avec l’ensemble des acteurs impliqués (direction, experts métiers, informaticiens) et de projeter des scénarios d’évolution dans le temps. L’idée directrice étant d’éviter de changer toutes les pièces en même temps.  Les Business Capabilities constituent une aide à la planification des évolutions et des restructurations en profondeur du SI.

Quel rapport avec l’évolution des ERP ? Pourquoi parler des EBC quand on évoque la 4ème génération des ERP ? 

Si l’on reprend notre métaphore du LEGO, on peut considérer que l’actuelle génération des ERP correspond à des très grosses pièces qu’il est difficile d’implémenter et de faire évoluer. Imaginons que la prochaine génération soit conçue comme un assemblage de pièces plus nombreuses et plus petites, plus indépendantes qui correspondent à des Business Capabilities et qui prises séparément offrent de valeur métier. On voit qu’il est en théorie plus facile de faire évoluer notre puzzle… A la condition que les promesses d’interopérabilité et d’indépendances soient tenues. Sur ces nouvelles bases on peut imaginer une construction plus aisée du système d’information et surtout des possibilités d’évolution et de rénovation plus rapides, plus agiles et mieux synchronisées avec les évolutions des besoins métiers. Et ceci doit être possible quelque soit le socle technologique sur lequel est contruit le SI, qu’il s’agisse de développements spécifiques ou du déploiement d’un ERP.

Si l’on poursuit la réflexion, on peut même imaginer un assemblage construit autour de solutions informatiques proposées par des acteurs différents. Fini le monolithe (SAP, Oracle, …), bienvenu dans un monde ou les Business Capabilities sont supportées par des solutions hétérogènes, cloud, communicantes et dont l’intégration est facilitée.

Sur le principe, on en rêve mais à qui peut profiter une telle situation ? Aux utilisateurs métiers (les meilleurs outils en permanence),, i.e. un best of breed d’ERPs les mieux adpatés aux besoins des métiers) ? Probablement mais à certaines conditions :

  • Une cartographie à jour des Business Capabilities,
  • Une vision partagée et régulièrement adaptée,
  • Une gouvernance efficiente des évolutions,
  • Des éditeurs qui jouent le jeu en rendant leurs solutions plus modulaires et interopérables.

Le tour des ERP est passé 

Il semble bien que l’avenir des ERP s’écrive désormais en pointillés. Ils ne vont évidemment pas disparaître dans les mois qui vont venir, on sait bien que les systèmes en place mettent longtemps à s’effacer une fois qu’ils ont réussi à s’implanter. Et les ERP ont représenté des investissements suffisamment lourds pour que les organisations qui les ont choisis continuent à s’en servir un moment. Cependant, il semble quand même que leur tour soit passé et ne reviendra pas de sitôt. La meilleure preuve, c’est que même les spécialistes de ces logiciels à tout faire commencent à miser sur des solutions plus spécialisées afin de ne pas (plus) mettre tous leurs œufs dans le même panier. Prenons l’exemple de SAP (une société emblématique de la vague des ERP !) : la société allemande n’a pas hésité à débourser plus de huit milliards de dollars pour acquérir Concur Technologies en septembre 2014. Pourtant, Concur n’était alors qu’une solution SaaS pour gérer les notes de frais et les dépenses de voyages des entreprises (alors que le volet “notes de frais” était déjà géré depuis longtemps par SAP ERP…). Par ce rachat, l’éditeur allemand a montré qu’il avait senti le vent tourner et qu’il était temps d’être compétitif secteur par secteur plutôt que de tout vouloir continuer à englober dans une seule solution, aussi grande et complète soit-elle.

Conclusion, la fin d’une ère 

Nous vivons en ce moment même un tournant dont notre informatique est coutumière : le début de la fin pour les ERP. Comme je l’ai déjà dit, ce déclin sera lent et progressif mais il est désormais clair que les ERP tels qu’ils existent aujourd’hui ne représentent plus une solution d’avenir pouvant justifier des investissements importants. L’heure est à privilégier l’approche “best of breed” mais en s’efforçant de rester maître des données utilisées par chacune de ces applications spécialisées.

Pour une organisation jeune et en croissance, qui complète son système d’information année après année, c’est clairement la voie à privilégier. Pour des entreprises dont le système d’information est construit autour d’un point d’ancrage central qui est l’ERP (et éventuellement depuis un certain temps déjà) la réponse est plus complexe. Dois-je abandonner le relatif confort que m’offre mon ERP où une partie des flux est déjà câblée ? Dois-je saisir les opportunités offertes par ses nouvelles solutions spécialisées cloud et construire une architecture hybride avec la complexité de l’intégration des flux ?

Et les Enterprise Business Capabilities alors ? Vont-elles réellement contribuer au renouveau des ERP ?

Rien n’est moins sûr. Il faudrait que les éditeurs jouent le jeu de l’ouverture. Or on peut douter de leur capacité à contribuer à ce que l’assemblage en LEGO puisse se réaliser en dehors de leur propre écosystème. Leur intérêt est de rester dans une position dominante et d’avoir la part de gâteau la plus importante.

La vérité est cruelle : on comprend bien que les SAP, Oracle et autres sont très enclins à prolonger l’intérêt des ERP en les renommant. C’est une vieille recette : quand une idée est devenue impopulaire, changez son nom pour lui offrir une nouvelle “virginité” et ça repart !

Il faut se faire à l’évidence : le temps des méga-logiciels monolithiques (même réhabillés avec le concept EBC) est passé. Trop chers, trop longs à mettre en œuvre, trop coûteux à déployer et trop lourds à faire évoluer.

L’avenir de l’informatique des organisations repose donc plutôt sur des solutions cloud (SaaS et PaaS) spécialisées que sur une énième itération des logiciels géants à tout faire. Il vaut mieux choisir la meilleure solution pour chacun des besoins et arriver à en faire un tout cohérent. Et c’est d’ailleurs ici que se situe le plus grand défi de la période à venir, même avec l’avènement du cloud computing (certains diront surtout en raison de l’avènement de cloud computing). En effet, on risque bien de reproduire sur le cloud ce qu’on a déjà connu par le passé avec une informatique plus traditionnelle : chaque application représente un “silo” de données isolé et déconnecté du reste. Ce piège d’un “découpage vertical” des données va à l’encontre de l’unicité et donc de la cohérence du système d’informations

Autre challenge à anticiper dans le contexte d’un système d’information distribué entre plusieurs solutions : la gouvernance de celles-ci. Aujourd’hui, des acteurs comme SalesForce proposent via leur marketplace interne (https://appexchange.salesforce.com/) un choix pléthorique de modules additionnels (construits et maintenus par des tiers qui vous permettent d’enrichir votre plateforme. Sur le principe, c’est une excellente idée qui permet d’avoir accès à des coûts raisonnables (tellement raisonnables que cela pose la question des tarifs exorbitants des leaders des ERP…), à des extensions fonctionnelles du CRM. Mais pas que, justement… En effet, on va trouver, au-delà d’extensions CRM de type plans de comptes, scan des cartes de visites, signature électronique, des modules qui sont très loin du domaine CRM (gestion des notes de frais, saisie des temps, etc.).

Si une gouvernance n’est pas définie, on a tout à disposition pour redévelopper son système d’information dans la plateforme. C’est pratique, c’est tentant mais c’est aussi le retour direct à la solution monolithique qui fait tout, avec tous les inconvénients évoqués précédemment.

Il faut donc pouvoir se concentrer sur les données afin de préserver l’unicité et la cohérence du système d’informations. C’est ce défi qui doit être la priorité des DSI car, sinon, la notion même de système d’information distribués sur le cloud, ne résistera pas à l’épreuve du temps…

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