Dans mon article précédent, je vous avais présenté les principales composantes de l’écosystème blockchain. Aujourd’hui, nous irons plus loin en abordant ses principes d’architecture, ses variantes et des projets en cours de réalisation.

Avant toute chose, comment donner une définition relativement complète de la blockchain ?

La blockchain est un registre décentralisé qui croit en continu. Elle conserve en permanence tout l’historique des transactions qui ont eu lieu, de manière sécurisée, chronologique et immuable. Cette technologie permet à tout un chacun d’échanger et de stocker de la valeur de façon rapide et fiable.

A noter, cette base de données est consultable en 24/7, par toute personne dotée d’une connexion Internet.

Fondations techniques de la technologie blockchain

Historiquement, la « révolution digitale » a commencé dans les années 70, lorsqu’on a eu l’idée de mettre en réseau des équipements informatiques pour qu’ils puissent échanger des données. Et, cette première initiative a conduit à la normalisation du modèle OSI que tout informaticien qui se respecte a dû apprendre à l’école.

Plus tard, plusieurs initiatives de construction d’un réseau global se sont succédées (ARPANET, X.25) jusqu’à la création du modèle TCP/IP. Ensuite, le protocole TCP/IP a remplacé d’autres procédés et a progressivement conduit à l’interconnexion de réseaux autrefois isolés. Finalement, c’est suite à la généralisation de TCP/IP que le concept d’un « internet » mondial a émergé.

Bon, vous connaissez la suite : l’avènement d’Internet comme réseau public a fait boule de neige jusqu’à intégrer notre quotidien, au même titre que l’électricité ou l’eau courante. Ce fait justifie le positionnement d’Internet comme une nouvelle révolution industrielle qu’on nomme maintenant « digitalisation ».

Architecture technique : de OSI à Blockchain

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Selon certains experts, la technologie blockchain bien qu’encore au stade du berceau serait la prochaine « révolution industrielle ». En effet, là ou Internet a démocratisé OSI pour servir l’échange d’information numérique à l’échelle mondiale, la blockchain permet en plus l’échange de valeur. En outre, le design de cette technologie amène un niveau de sécurité, de confidentialité et une résilience bien supérieure aux capacités d’Internet (la décentralisation implique qu’il n’y a plus de « single point of failure »).

Les variantes de blockchain

De même que pour les protocoles réseaux historiques, la blockchain est organisée en un empilement de couches techniques. Le schéma précédent nous a montré que les couches basses sont celles de TCP/IP. Donc, un prérequis à l’utilisation de la blockchain est d’avoir une connexion réseau qui fonctionne. Sur cette base, on ajoute l’empilement suivant :

  • L’infrastructure blockchain proprement dite, qui pose les bases de sécurité, de redondance et la logique d’assemblage des blocs.
  • Le protocole de la blockchain, qui embarque aussi le langage de développement des applications.
  • Les jetons (tokens), dont le rôle est de porter le transfert de valeur (unités de comptes d’une cryptomonnaie).
  • Les applications natives blockchain, appelées Dapps (Decentralized applications).

L’utilisateur est positionné au-dessus de cette pile et exploite la blockchain au travers d’applications développées à cet effet. Ces applications peuvent être développées avec une boite à outil purement blockchain, telle qu’Ethereum (des « wallets » comme Jaxx). Cela peut aussi être une application hybride développée avec une technologie web, faisant appel à des fonctions blockchain quand nécessaire (une place de marché telle que Paymium).

Bitcoin a lancé le concept en 2009. Son créateur a implémenté à la fois la structure, le protocole et a émis les premier tokens. En outre, il a créé le premier cas d’usage avec le portefeuille Bitcoin dédié aux paiements P2P. Après quelques années d’utilisation dans le « dark web« , quelques déconvenues avec des places de marchés, Bitcoin est devenu LE sujet de conversation de 2017.

Ce que le grand public sait moins, c’est qu’il existe maintenant des milliers d’autres solutions blockchain. Ces technologies souvent qualifiées d’Altcoins sont, soit des variantes de Bitcoin, soit des technologies inspirées du concept. Sur le schéma, Ethereum et Ripple sont mis en exergue car ce sont des solutions intéressantes pour un usage professionnel.

Variantes de Blockchain et altcoins

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Des cas d’usages blockchain pour différents domaines d’activités

Une force de la blockchain est qu’elle peut être utilisée dans tout type de secteur d’activité. En revanche, la blockchain n’est pas pour autant le couteau Suisse qui résoudra tous vos soucis. Voici ci-dessous un échantillon de cas d’usages et projets en cours de développement.

Finance

En Octobre 2017, Mastercard a lancé un prototype de blockchain privée pour permettre aux banques partenaires et commerçants d’effectuer des paiements transfrontaliers plus rapidement et plus sûrement. Ce service sert à la compensation des transactions par carte de crédit, mais aussi à éviter des tâches administratives par l’implémentation de règles métiers au sein de « contrats intelligents » (les « Smart contracts » inventés par la plateforme Ethereum). Technologies IBM et Stellar Lumens.

Assurance

Axa a été le premier grand assureur à proposer à ses clients un produit utilisant la blockchain. Fizzy est un produit d’assurance qui propose à ses souscripteurs d’être indemnisés directement et automatiquement en cas de retard de leur vol (couvre Paris-USA depuis septembre 2017). Pour le versement d’une prime de moins de 10 Euros, si l’avion a plus de deux heures de retard, le client est instantanément remboursé du tiers du prix de son billet. Technologie Ethereum.

Secteur public

L’Etat de Genève a expérimenté un service basé sur la blockchain pour renforcer et sécuriser la délivrance d’extraits électroniques. En pratique, l’application actuellement en pilote, permet de commander en ligne un extrait du registre du commerce signé numériquement et d’en vérifier l’authenticité. Technologie Ethereum.

Immobilier

En partenariat avec BitFury, le Gouvernement de Géorgie a mis en place début 2017 le premier registre de titres de propriétés. Deux mois après l’ouverture, la solution enregistrait déjà plus de 100 000 documents. Des initiatives similaires sont en cours au Ghana avec l’ONG Bitland, ainsi qu’en Suède, au Honduras et à Chicago avec des technologies variées (ChromaWay, Factom, Velox).

Luxe

La start-up Everledger s’était illustrée par le passé en mettant en oeuvre un système de registre et de traçabilité des diamants. Depuis 2016, en partenariat avec Chai Consulting, elle renforce la lutte contre les contrefaçons de grands crûs. La solution Chain Wine Vault collecte des données permettant d’établir la provenance de vins de grande valeur. Ainsi, elle permet d’assurer la traçabilité sur la totalité du parcours effectué par les bouteilles. Technologie Hyperledger.

Santé et Pharma

Ici, il y a encore eu peu de cas d’utilisation blockchain reconnus. Pourtant, le domaine de la santé regorge de possibilités : dossier patient, traçabilité des médicaments, liens avec les assurances… Récemment, le Dr Irving a réalisé un test concluant de sécurisation de données avec un extrait du registre américain ClinicalTrials.gov (qui donne un accès public aux études cliniques). A terme, une approche similaire pourrait limiter les cas de « hidden outcome switching », une pratique consistant à changer l’orientation d’un essai clinique pour l’adapter aux résultats attendus.

Trading

En Janvier 2018, Louis Dreyfus Company et Shandong Bohi Industry, en partenariat avec les banques INGSociété Générale et ABN Amro ont réalisé la première transaction de produits agricoles en utilisant la technologie blockchain. Du contrat de vente, à la lettre de crédit en passant par les certificats phytosanitaires, l’ensemble des processus transactionnels ont été numérisés et automatisés (en quelques minutes au lieu de plusieurs heures). Plateforme Easy Trading Connect avec la technologie Ethereum.

Transports & logistique

Le leader du transport maritime Maersk a créé en 2017 une co-entreprise avec IBM. La solution actuellement en pilote a pour objectif de créer un système d’information en temps réel des mouvements de marchandises. Il permettra aussi à terme de simplifier le processus de transport à travers les différentes zones commerciales à l’aide de Smart contracts. Technologie Hyperledger.

Education

En 2015, la Holberton School de San Francisco avait expérimenté avec la startup Bitproof la délivrance et la certification de diplômes par voie électronique via blockchain. Technologie Bitcoin.

Industrie musicale

En 2015, la startup UjoMusic a collaboré avec la chanteuse Imogen Heap pour la sortie de son titre « Tiny Humain » sur la blockchain. Les utilisateurs du service étaient invités à créer un portefeuille blockchain sur ujomusic.com et à y charger des Ethers. L’achat était conclu par l’envoi du montant à un Smart contract, qui accordait une licence et distribuait le fichier MP3. En parallèle, les gains était instantanément transmis à l’artiste. Technologie Ethereum.

Et encore…
  • Gouvernements qui veulent lancer leur propre cryptomonnaie (Gilbraltar, Israel, Chine…).
  • Places de marchés décentralisées : Openbazaar, Arcade City, Nyiax.
  • Protocoles décentralisés d’échange et de stockage numériques en disruption les « Dropbox-like » : IPFSStorJ, FileCoin, Sia.

Nos convictions

Début 2018, l’écosystème blockchain compte un millier solutions différentes. Trouver une solution à la fois fiable, adaptée à votre besoin et pérenne à horizon dix ans est extrêmement complexe. A ce jour, Bitcoin est à la fois un réseau décentralisé peu efficient et limité dans ses fonctionnalités. Tel Netscape aux balbutiements d’Internet, Bitcoin sera peut-être amené à disparaître dans les prochaines années, faute d’innovations significatives.

En revanche, la plupart des cas d’usages cités ici utilisent des Smart contracts, concept ancien introduit à large échelle par la plateforme open-source Ethereum. Ainsi, le « nouveau Google » de la blockchain pourrait émerger de cette solution ou d’une variante existante… ou pas encore inventée.

A court terme, notre conseil pour toute entreprise est de commencer par se poser les bonnes questions. « Comment pourrions-nous résoudre ce problème de traçabilité dans notre chaîne logistique ? », « Pourquoi ce processus métier est-il si lent ? », « Comment solutionner ce problème d’intégrité dans nos données ? »… La blockchain ne répondra pas directement à ces questions, un collaborateur ou un business analyste oui !

Enfin, une fois au clair avec vos besoins et objectifs, il conviendra de bien comprendre les atouts et limites de la blockchain, pour éventuellement développer un « Proof of Concept ».

Et vous ? Que feriez vous avec une blockchain ?
J’attends vos réponses via la zone commentaire 🙂

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