Avec la montée actuelle du “cloud gaming” et du DaaS (Desktop as a Service, voir à https://fr.wikipedia.org/wiki/Desktop_as_a_service), nous allons progressivement vers une “nullification” du PC en tant que plateforme de base de l’utilisateur. Certains vont dire que c’est déjà le cas depuis longtemps avec la part prise par les terminaux mobiles (dans le sens où le PC n’a plus l’importance qu’il avait lors des décennies précédentes). Mais avec les derniers progrès en matière de virtualisation du poste utilisateur, on est en train de franchir le palier où le type d’appareil (device) que vous utilisez pour accéder à vos applications et fichiers n’aura vraiment plus aucune importance…

Le DaaS est en gestation depuis un certain temps puisqu’il a déjà un moment que Citrix (entre autres) propose d’accéder à un poste Windows à distance (et ça n’arrête pas de s’étendre comme le monde la solution Cytrix receiver qui est désormais pour Chromebook). Certes et d’autres solutions encore plus approfondies sont en cours d’élaboration comme Droplet. Droplet Computing (voir à https://dropletcomputing.com/about/) propose de séparer l’application de sa plateforme d’origine à travers un processus de “conteneurisation” qui est aussi intéressant qu’ambitieux. Mais on sent bien que ce n’est pas encore pour tout de suite…

Le cloud gaming donne le ton
Et c’est le “cloud gaming” qui nous donne aujourd’hui la plus claire indication de l’évolution du marché. Ce secteur naissant attire déjà toutes les convoitises : Google vient d’annoncer ses intentions en la matière (voir à https://www.usine-digitale.fr/article/project-stream-google-teste-le-cloud-gaming-dans-chrome-avec-assassin-s-creed-odyssey.N749469) et Microsoft a fait de même (voir à https://www.lebigdata.fr/microsoft-amd-xbox-cloud-gaming). Certains services de cloud gaming existaient déjà sous des formes diverses (voir https://www.lesnumeriques.com/jeux-video/cloud-gaming-geforce-now-est-mort-vive-geforce-now-n76115.html) et tous ceux-là sont en train de converger vers la forme la plus pure qui est clairement menée par une start-up française (pour une fois !) :  Blade avec son fameux service “Shadow” (voir à https://www.numerama.com/tech/203045-shadow-tout-savoir-sur-le-pc-du-futur-en-19-questions.html). Shadow demande encore de la mise au point, mais il progresse sans arrêt et est très prometteur. Avec lui, vous pouvez accéder à un jeu PC depuis un Mac, à un jeu Mac depuis une tablette Android ou toutes les autres combinaisons que vous pouvez imaginer (même le client Linux sera supporté). Même s’il y a des contraintes (entre autres, avoir une très bonne connexion Internet !), même s’il y a encore des étapes à franchir avant que ça soit tout à fait opérationnel, on sent bien que la consommation de jeux vidéo dans le futur va passer par des plateformes comme Shadow (un comparatif des différentes solutions est disponible à http://www.cloud-gaming.fr/comparatif-cloud-gaming).

Le précédent de la VOD avec Netflix
On a déjà connu un précédent significatif : Netflix. Oui, le géant de la VOD (Video On Demand) a bien commencé par envoyer des DVD par la poste, mais l’idée de mettre en place une infrastructure de serveurs à l’échelle mondiale était déjà présente dans l’esprit et les discours des fondateurs dès le départ. Bien entendu, au tout début des années 2000, la VOD n’était encore qu’un concept qui paraissait fumeux et hors de portée pour beaucoup d’observateurs. Et, pendant un certain temps, ils avaient parfaitement raison… Jusqu’à qu’ils aient tort !

Aujourd’hui, la VOD s’est banalisée, Netflix est devenue une puissance qui compte dans le monde du divertissement et personne n’envisage de revenir en arrière. On va connaitre le même cheminement pour ce qui est du cloud gaming, avec beaucoup d’étapes nécessaires jusqu’au moment où ce mode sera devenu une évidence pour tout le monde. Bon, tout cela est intéressant, mais en quoi cela peut-il concerner notre monde de l’informatique ?

Eh bien c’est très simple, il suffit d’extrapoler ce qui va arriver dans le cloud gaming et de l’appliquer au DaaS afin de voir que nous allons vers de grands bouleversements (positifs !).

La virtualisation du poste de travail de l’utilisateur va prendre de telles proportions que non seulement le PC va être “nullifié”, mais c’est même la notion d’OS qui va en prendre un coup. En effet, aujourd’hui, pourquoi avons-nous encore plusieurs OS en compétition les uns avec les autres ?

Des silos applicatifs infranchissables
Simple me répondrez-vous, c’est parce qu’il y a plusieurs plateformes… concurrentes ! Bonne réponse. Mais quid si la diversité des plateformes s’efface au profit d’une interface unifiée qui fonctionne en caméléon et qui propose l’intégralité du portefeuille applicatif disponible ?

En gros, nous pouvons dire qu’il y a aujourd’hui quatre (en fait, cinq) plateformes principales qui représentent chacune un portefeuille d’applications bien garni : Windows bien sûr, mais aussi Mac OS pour ce qui est de la partie desktop. Du côté des mobiles, nous avons IOS et Android qui ont chacun une “app store” débordante. On l’oublie souvent, mais le web représente une cinquième plateforme applicative avec quelques ilots plus ou moins importants comme la logithèque de Google Chrome. Toutes ces applications s’exécutent sur leur plateforme d’origine sans exception. Les portages existent et certains programmes sont déclinés sur plusieurs cibles, mais on peut dire que le portefeuille applicatif global est très morcelé entre ces quatre (ou cinq, j’insiste) pôles.

La virtualisation en profondeur, ça veut dire quoi ?
Mais avec la virtualisation qui s’annonce dans l’aspiration du cloud gaming (si je peux accéder à n’importe quel jeux vidéo à travers un service comme Shadow, pourquoi ne le puis-je pas pour des applications de “productivité” ?), les barrières entre ses silos applicatifs vont forcément s’effacer progressivement jusqu’à disparaitre tout à fait. Pour que cela puisse arriver sans encombre, il faut encore que nos interfaces utilisateurs franchissent un palier, celui de l’adaptation au contexte, ce que j’appelle les interfaces “caméléons”…

Une interface caméléon s’adapte à votre contexte. Largeur d’écran, présence d’un clavier ou non, etc. Le cas du clavier est très significatif. Les app prévues pour mobiles sont dès l’origine prévues pour fonctionner avec un clavier “virtuel” qui n’apparait que lorsqu’une saisie est nécessaire. Avec l’adaptation au contexte, cette fonction va s’approfondir dans la mesure où l’application devra être capable de détecter si vous disposez d’un clavier ou non au moment où vous avez besoin de faire une saisie… Si le clavier physique existe, le clavier virtuel ne se manifeste pas, facile à comprendre. Avec cette capacité d’adaptation, les applications n’ont plus besoin d’être conçues pour une plateforme en particulier avec ses caractéristiques et ses contraintes.

Donc, on va aller (progressivement, ne jamais oublier que des évolutions de ce type prennent du temps, toujours plus de temps que ce qu’on imagine au départ) vers des services cloud qui vont nous proposer une interface unifiée pour accéder à l’ensemble du portefeuille applicatif. La différence entre les plateformes va s’amenuiser et disparaitre, mais ce sera aussi le cas de l’écart qu’il y a encore entre un PC et un appareil mobile. Du coup, une application ne sera plus conçue et proposée pour une cible technique spécifique, mais pour un usage spécifique et/ou une population spécifique, nuance.

Un Netflix de l’applicatif
On verra forcément apparaitre l’équivalent d’un “Netflix de l’applicatif” qui proposera des applications à la demande qu’il ne sera plus jamais nécessaire d’installer (sur quoi ?) ni même d’acheter (oubliez la notion de licence). En effet, ce Netflix de l’applicatif” va non seulement vous proposer tout ce qui est disponible (sans plus de référence à sa plateforme d’origine, si Office de Microsoft existe encore à ce moment, je doute fort que le moindre rattachement à Windows sera encore mis en avant à l’avenir) pour un usage immédiat sans avoir à faire l’acquisition préalable de l’application considérée. Mais alors, si les notions d’achat et de licence disparaissent, comment les éditeurs vont-ils être rémunérés (les éditeurs de logiciels vont-ils être “uberisés” à leur tour ?) ?

Eh bien, à l’usage, naturellement !

Ce mode est déjà en place pour l’abonnement Kindle sur Amazon (pour les livres numériques, voir à https://www.amazon.fr/gp/feature.html?ie=UTF8&docId=1000829233) ou pour les BD (numériques elles aussi) d’un service comme Izneo (voir à https://www.izneo.com/fr/abonnement). Mes livres sont disponibles à la vente sur Amazon, mais ils peuvent aussi être empruntés dans le cadre de l’abonnement “Kindle ulimited” (car j’ai accepté que ça soit le cas, titre par titre publié). Quand un de mes livres est emprunté, je suis ensuite rémunéré selon le nombre de pages effectivement parcouru par le lecteur (c’est une donnée qu’Amazon récupère à chaque synchronisation d’un kindle avec son service). Ce principe est aisément transposable aux applications : les éditeurs seront alors réménurés à la minute d’usage et non pas licence par licence. Bien entendu, une telle évolution ne va pas se faire en quelques semaines et nombreux seront les acteurs à être plus que réticent à franchir un tel pas… Mais ça se fera, car c’est un mode de consommation naturel qui va s’imposer, tout comme la VOD s’est imposée au monde du cinéma (qui en grince encore des dents !).

Vers une redéfinition du rôle de la DSI ?
Les éditeurs de logiciels ne vont pas être les seuls à être impactés par cette virtualisation en profondeur… Les DSI vont forcément devoir s’y adapter également. En effet, si différences entre les plateformes disparaissent, pourquoi devoir installer des postes de travail d’un type particulier ?

Nous allons assister au grand retour du terminal sauf que celui-ci sera enfin universel (enfin, espérons-le !). Ces terminaux seront tellement banalisés que toute la gestion liée à ce patrimoine “postes de travail” ne pourra plus (ne devra plus) être considérée comme une tâche relevant de ses attributions. Avec la montée continue du cloud, de ses ramifications et de sa profondeur, la DSI va devoir se trouver de nouvelles “zones d’influences” pour garder son utilité et son importance.

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