La situation actuelle sur le marché des ERP

Le marché des ERP d’aujourd’hui s’articule autour d’un duopole constitué de SAP d’un côté et d’Oracle de l’autre. Les autres acteurs très actifs de ce secteur sont moins connus : Workday (celui qui progresse le plus vite), Sage, Infor (où Baan a fini son parcours). On trouve quand même Microsoft à la 6ème place (avec son offre Dynamics 365). De ces autres acteurs, c’est incontestablement Workday qui apparaît comme le plus moderne et le plus dynamique.

Image provenant du site web de Workday…

 

Ce n’est pas complètement étonnant car c’est aussi le plus récent (créé en 2005 par des anciens de PeopleSoft mécontents du rachat par Oracle…). Workday n’essaye pas de couvrir tout le spectre habituel des ERP mais se concentre sur les RH (pas étonnant vu les racines PeopleSoft) et la gestion financière (et c’est déjà assez large). C’est clairement l’acteur à surveiller de près à l’avenir. 

La migration des ERP vers le cloud, c’est en cours ! 

La grande question présente, c’est évidemment la migration vers le cloud… 

En mars 2019 (ok, désormais ça paraît relever d’un autre temps mais ce n’est tout de même pas si loin, juste un an !), environ deux tiers des entreprises envisageaient de migrer leur progiciel de gestion intégré (ERP) dans le cloud ou étaient déjà en train de le faire. C’est ce que révélait une étude de la Cloud security alliance (CSA) qui avait interrogé 200 entreprises sur leurs plans de migration ERP (Source : Passage aux ERP cloud : tendance mais risqué). 

Pour celles et ceux qui ne sont pas encore décidés sur cette question, posons-là et tentons d’y répondre : faut-il migrer son ERP sur le cloud et, si oui, quels bénéfices en attendre ? 

La question est simple, la réponse est déjà plus complexe. En effet, ça va beaucoup dépendre du contexte d’exécution. Si vous en êtes encore à faire tourner un ERP qui s’appuie sur un “client lourd” (une version déjà ancienne donc), la migration vers le cloud représente un intérêt limité, voire nul. En revanche, si vous avez une version récente qui utilise un client web (et qui s’exécute sur des serveurs tournant sur votre propre site), alors la migration va être plus facile, plus naturelle (pas de changement de fonctionnement pour vos utilisateurs) et va vous permettre de vous débarrasser de l’administration de vos serveurs. La troisième voie est évidemment de passer d’une version ancienne (client lourd) à une version récente (client web) et en SaaS (sur le cloud). Là, les bénéfices seront importants mais l’opération n’est pas indolore : il faudra refaire la personnalisation (et en profiter pour la limiter !) et migrer les données, un vrai projet en perspective. 

Un bilan relativement favorable mais en trompe-l’œil 

On peut penser que, à terme, au moins 80% des clients actuels d’une solution d’ERP vont effectivement migrer leur système vers le cloud (ce qu’ils sont effectivement en train de faire si on en croit l’étude déjà évoquée). Mais ce n’est pas ainsi que ces logiciels vont rester au diapason des DSI. 

Pour que les ERP restent un élément important de notre informatique, il ne suffit pas qu’ils migrent vers le cloud mais, de façon cruciale, qu’ils remontent un déficit d’image certain.  

En effet, les ERP sont (trop) souvent vus comme des systèmes de back-office qui font désormais partie des “legacy” avec toute l’appréciation défavorable (et même, on peut le dire, éliminatoire !) que cela implique. Et là, c’est vraiment une question binaire, soit “oui les ERP peuvent se renouveler et être de nouveau dans le coup”, soit “non, le mouvement qui a porté les ERP est loin derrière nous et ce sont désormais les mainframes du logiciel, ils vont connaître un long déclin (car il y a de l’inertie) avant de s’effacer et disparaître”. 

Tout ce qu’on reproche aux ERP 

Pour répondre à cette question, il nous faut évaluer tous les éléments et, en particulier, revenir sur tout ce qu’on reproche aux ERP : personnalisation, trop de fonctions inutilisées, projets échoués, etc. On peut dire “qu’on ne prête qu’aux riches” : si les ERP sont contestés par certains c’est d’abord et avant tout parce qu’ils ont été très utilisés à une certaine période (et peut-être aussi à tort et à travers…). 

Les éditeurs d’ERP, SAP en tête prétendaient que leurs logiciels n’étaient pas qu’un instrument mais (carrément) une -bonne, si on les croit- façon de gérer l’activité économique des organisations : production, distribution, commercialisation, tout quoi ! 

Beaucoup (trop) de personnalisation 

Mais les clients ne l’entendaient pas de cette oreille et se sont (trop) souvent lancés dans des opérations de personnalisation qui allaient bien au-delà du nécessaire paramétrage inhérent à la mise en place d’un progiciel de cette envergure. L’abus de personnalisation était aussi encouragée par les SSII chargées d’accompagner l’installation de l’ERP car elles profitaient de ces projets monumentaux et interminables. Bref, tout le monde est coupable dans cette histoire : les éditeurs pour ne pas avoir contenu cette dérive, les SSII pour en avoir grassement profité et les clients pour ne pas avoir été raisonnables avec leurs ERP (quand on acquiert un progiciel, ce n’est pas pour le transformer en une application “sur-mesure” !). 

Les logiciels shelfware, une réalité trop tangible 

L’autre gros reproche (justifié, au moins en partie) que l’on a fait aux ERP, c’est leur côté “géant obèse”. C’est l’incontestable aspect “shelfware” des ERP : trop de fonctions inutilisées qui conduisent à des systèmes massifs et qui consomment (inutilement) trop de ressources. Si ce n’était que le gaspillage de ressources, ça ne serait pas le plus grave mais cette surabondance rend aussi ces progiciels difficiles à apprendre et même à utiliser. Le shelfware, c’est aussi cette proportion importante de progiciels vendus mais jamais installés et qui restent donc sous forme de boîtes sur des étagères (d’où ce surnom !). On pourrait croire qu’il ne s’agit que d’une proportion infime d’achats ainsi gaspillés mais il n’en est rien, au contraire : une étude menée en interne par Oracle en 2005, suite au rachat de Siebel a révélé que 65% des licences vendues par le spécialiste du CRM (oui, 65%, pas 6,5%, ce n’est pas une faute de frappe !) n’étaient en fait jamais installées… Difficile d’imaginer qu’on se lance dans l’achat d’un SAP R/3 pour ne rien en faire après… et c’est pourtant vrai ! 

Après tout, les projets informatiques abandonnés en cours de route aboutissent au même gâchis. Et dans le cas des projets de mise en place des ERP, la proportion d’échec n’est pas négligeable : au moins 21% ! 

Somme toute, pas étonnant qu’on ait beaucoup de reproches à faire aux ERP après les avoir mis en avant comme “la solution” pour la gestion informatique des organisations… 

Les bons côtés des ERP 

Ceci dit, les ERP ont aussi des avantages certains qui peuvent conduire à des implémentations réussies (si on sait gérer ce genre de projet et si on se contente d’une personnalisation minimale). Avec sa capacité à rassembler l’ensemble des activités d’une entreprise dans une seule et unique solution, l’intégration d’un ERP permet à l’entreprise de bénéficier d’une harmonisation des processus de travail, la suppression de nombreux dysfonctionnements et, en conséquence, un gain de temps considérable. Les échanges de données internes sont facilités. Tout ça c’est quand tout va bien, évidemment… On voit bien l’argument principal de cette approche monolithique : une seule base de données au lieu de l’inévitable fragmentation des données qui résulte d’une approche “best of breed” (nous reviendrons sur cet aspect crucial dans la chronique suivante). 

Chronique suivante sur les ERP :

L’avenir des ERP : stop ou encore ?

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