Je l’avoue d’entrée de jeu, pendant toutes ces années qui ont précédé le monde d’aujourd’hui (où l’on pouvait se côtoyer sans même y penser), je ne suis jamais allé au CES (Consumer Electronic Show) de Las Vegas !

Mais cette année, ce “salon” est virtuel et comme on n’a plus besoin de se déplacer, je me suis dis que c’était une bonne idée de le “visiter” et de vous proposer mon analyse sur le “contenu”, de ce qu’on peut en voir et en comprendre. Ne vous laissez pas abuser par le positionnement “grand public” de ce célèbre rassemblement annuel : désormais, les évolutions de la technique numérique sont d’abord testées sur le grand public avant d’être proposées aux secteurs professionnels si le succès est au rendez-vous (VR et AR par exemple).

Donc, parcourir et analyser le CES prend tout son sens dans cette perspective.

Ceci dit, l’accès n’en est pas facile pour autant car le CES n’est pas ouvert au “general public” et il faut être un représentant patenté de l’industrie ou des médias (j’ai choisi cette dernière catégorie) pour en recevoir le sésame… De plus, le processus d’inscription est assez délicat et cela m’a pris plusieurs tentatives avant d’aboutir enfin !

Finalement, le dimanche avant le grand événement, j’ai reçu ce message salvateur :

J’étais approuvé !

Bien entendu, tous les médias se sont fendus d’articles couvrant le grand show avant même que celui-ci n’ouvre… Ainsi, par exemple, CNET nous expliquait que le nombre d’exposants était réduit cette année, édition virtuelle oblige : Cette année, le CES virtuel accueillera environ 1.000 exposants. Pour situer le contexte, l’édition 2020 à Las Vegas en comptait 4.500. Des véhicules électriques en passant par la 5G, les écrans transparents et les technologies liées à la pandémie, le CES donnera le ton des prochaines étapes de l’industrie tech.

Les tendances du CES, telles qu’elles étaient présentées au “briefing”…

 

Finalement, les communiqués de presse diffusés par le CES font état de 1900 exposants…

Dans les différentes tendances mises en avant par le CES, certaines sont plus intéressantes que d’autres. On va laisser de côté tout ce qui est TV à grand écran ainsi que tout ce qui concerne l’élan en faveur des véhicules électriques. On comprend que les constructeurs automobiles (et GM en particulier) en ont assez de se faire “ringardiser” par Tesla et veulent montrer qu’ils ont enfin compris la leçon mais il n’y a rien à apprendre pour nous dans ce rattrapage de dernière minute. En revanche, je suis plus intéressé par ce que le CES peut nous apprendre sur la montée des robots. Le décor est planté, on peut y aller !

Début lundi matin

Dès les premières heures, j’attaquais mon parcours au CES : compléter mon profil, sélectionner des conférences et des “stands”. Je dois dire que ma première impression n’est pas vraiment formidable : il y a beaucoup de choix mais pas grand-chose pour choisir !

Si vous n’avez pas un agenda précis de ce que vous voulez voir et les noms qui vont avec, vous êtes un peu perdu, forcément… Il faut donc s’investir un pour faire le tri entre les speakers, les exposants et les conférences, plutôt nombreuses.

Mais il est clair que le CES ne cherche pas à faire dans “l’expérience immersive” façon salon Yamaha à Iwata qui fait penser à Google Street View :

 

Le site du CES (qui semble avoir été réalisé par Microsoft présenté comme “Microsoft Is the Official Technology Partner of CES 2021” sur chaque page) est très “plan-plan” en comparaison : un simple répertoire des contenus et débrouillez-vous avec cela. Par ailleurs, on se demande bien à quoi servent les exposants puisqu’à part un nom et un logo, il n’y a rien à voir : pas de stand intégré, pas d’informations disponibles, rien !

Peut-être que cela va arriver “plus tard” mais on ne peut en être sûr puisqu’il n’y a aucune information à ce sujet.

Mardi, les exposants sont là (enfin, façon de parler) !

Le second jour, on peut enfin cliquer sur les exposants sélectionnés et voir les contenus associés : une ou plusieurs vidéos de présentation accompagnées de quelques photos dans certains cas. Rien de transcendant mais, au moins, ça marche.

C’est grâce à ces “show-cases” que j’ai pu découvrir le concept de “digital inspection” : des systèmes qui combinent robotique et IA pour procéder à des examens de surfaces (routes, bords des routes, etc.) ou des surveillances d’équipements. On voit ainsi se dessiner une forme d’alliance entre les opérateurs humains et les robots qui les assistent dans les tâches répétitives et/ou de détail.

Les tables-rondes ressemblent à des sessions zoom ordinaires et, pire, le contenu des “discussions” est assez décevant genre “on n’a pas encore vu tout le potentiel de développement et d’impact que l’IA va produire…”, merci pour cette vision si précise !

Certaines sessions sont carrément pénibles à regarder où il n’y a qu’un (ou une) qui parle et les autres qui hochent la tête pour approuver en continue… Pas terrible.

On pouvait croire que des (mauvaises) réunions Zoom s’étaient invitées au CES !

On peut envoyer des messages aux exposants et même prendre rendez-vous pour une visio-conférence sous Teams, du moins en théorie. La vérité est souvent moins souriante quand on met à l’épreuve les promesses du marketing !

J’ai pris rendez-vous avec Guillaume Chaumet de “La ruche à vélos”, une sympathique start-up française spécialisée dans les garages à vélos robotisés à destination des collectivités locales. Mais, à l’heure dite, impossible de rejoindre la réunion Teams prévue car, pas de chance, j’étais déjà connecté au Teams des équipes Redsen. Et donc, le Teams du CES me demandait de me déconnecter… j’obtempère mais rien n’y fait : je me retrouve bloqué dans la labyrinthe habituel des logiciels qui perdent le fil de “ce qui marche bien normalement » !

Pire, certaines sessions de démonstrations passaient par Teams et, à chaque fois, j’ai eu le même problème et n’ai pu les suivre… Dire que ce site est mal fait, c’est banal mais je vous donne un exemple parmi cent : sur la page des “featured speakers”, on a une galerie de portraits et… c’est tout (même pas de biographie, rien…) !

Pas de lien pour aller sur la ou les pages où tel ou telle speaker a effectivement parlé, rien, débrouillez-vous. Bref, pas terrible “l’usine à gaz” Microsoft mise en place pour le CES. 

La page des speakers, symbole de “l’acte manqué” que représente ce site du CES…

D’ailleurs, les exposants que j’ai pu contacter (les messages texte, ça fonctionne au moins) le disent : il y a une impression générale de “tout cela pour ça”. Et si c’était cela le principal enseignement de cette édition “all digital” du CES ?

Eh oui, ce raté spectaculaire nous montre que dans cette évolution vers cette société numérique qui est au centre des annonces des uns et des autres, nous sommes encore alignés sur la ligne de départ, tous. Il faudra du temps, pas mal de temps avant de prendre la mesure des changements qu’imposent cette évolution et pour trouver les bonnes démarches, les bonnes solutions. Plus qu’une fenêtre sur le futur de la technique, le CES nous offre un constat sur notre présent : transformer un salon physique en événement virtuel ne se limite pas à mettre en place un site Web sans imagination et à moitié testé.

Donc, pas d’affolement, sur le front du home-office et du “tout-digital”, tout le monde en est encore au même point. Certes, les GAFAM et quelques acteurs Chinois ont les moyens de mener des recherches et de tirer vraiment parti du machine learning (par exemple) mais, à part cela, ils sont autant en train de s’interroger sur la bonne démarche que nous autres.

IA à tous les étages

Il est intéressant de voir que l’utilisation de l’IA est mise en avant par quasiment tous les exposants, comme si c’était un passage obligé… Et c’est amusant de penser qu’une (relativement) récente étude de MMC Ventures établissait qu’en Europe, la plupart des startup mentaient carrément sur leur utilisation de l’IA (voir à ce propos https://www.theverge.com/2019/3/5/18251326/ai-startups-europe-fake-40-percent-mmc-report) !

Mais bon, ne soyons pas étonnés que la mentalité “fake it until you make it” issue de la Silicon Valley se soit désormais généralisée… 

Ce qui transparaît en matière d’IA au CES, c’est l’émergence de solutions destinées à faciliter la mise en place de systèmes basés sur le machine learning. Les acteurs du marché semblent avoir admis que cette démarche était tout sauf facile. Il est désormais clair que cela demande des moyens techniques importants (l’entraînement des modèles consomme beaucoup de ressources, attention aux factures de cloud !) et n’est justement pas facile à mettre en place. Sans parler des pièges à éviter comme les biais sur les données qui peuvent complètement corrompre les résultats obtenus.

Donc, la nouvelle vague veut vous faciliter la mise en place de ces systèmes basés sur le machine learning, ce qui part d’une bonne intention.

Des keynotes vides

J’ai été assez étonné de voir que Microsoft n’avait aucune annonce à faire à part “on va soigner le bilan carbone de nos datacenters” comme l’expliquait le président Brad Smith lors de sa Keynote.

Mon jeune chat “Flocon” pendant la keynote du président de Microsoft…

Finissons tout de même ce tour d’horizon forcément partiel sur mon coup de cœur personnel : Feelloo. Cette startup française va lancer un traceur GPS miniature destiné aux chats. 

La page d’accueil du site Feelloo.com

Bien entendu, ça peut paraître trivial mais c’est tout de même significatif d’une tendance : en l’absence de grande percée (on dans une ère de pause, rappel !), on réduit la taille des objets et on optimise leur consommation d’énergie afin de leur permettre d’élargir leur champ d’action.

Un aperçu partiel

Bien entendu, il est difficile de penser qu’on peut avoir “tout vu” de cet événement : je n’en ai aperçu qu’une partie, évidemment !

J’ai pourtant passé trois jours plein à ne “manger que du CES”. Je dois avouer que le 4ème jour, je ressentais une très nette “CES fatigue”. Il est donc temps de passer à la conclusion de cette visite du salon virtuel. L’enseignement principal, c’est que cette édition restera dans les mémoires comme un “acte manqué” et si c’est cela le top des événements virtuels, alors vous n’avez pas à rougir de vos séances de coordination sous Teams ou autres !

Encore une fois et au risque de me répéter, nous sommes tous encore au tout début de la fameuse “transformation numérique” et nous cherchons tous la bonne manière de la faire.

L’autre enseignement c’est qu’aucune innovation réelle n’a crevé l’écran pendant ces quatre jours. Certes, on peut s’enthousiasmer pour les produits proposés par Samsung (un des acteurs qui semble avoir fait le plus d’effort pour profiter de la visibilité offerte par cette édition) mais, honnêtement, on est ici dans une certaine continuité d’optimisation. Les gadgets électroniques qui sont mis en avant comme “best innovation award” ne sont pas transcendants : ils représentent simplement l’état de l’art en matière de réduction de taille et/ou réduction de coût. En gros, nous sommes encore dans une phase du “toujours plus pour toujours plus de monde concerné”.

C’est aussi particulièrement frappant en ce qui concerne l’utilisation de l’IA : moins d’ambition et plus de pragmatisme semble être le nouveau mot d’ordre en la matière. Tout cela me confirme qu’on est bien entrés dans “l’ère du plateau” et que ça risque de durer encore un bon moment.

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