Nous avons fait le point sur les acteurs les plus influents avec notre chronique et notre webinaire sur les GAFAM à https://www.redsen-consulting.com/fr/inspired/tendances-decryptees/le-webinaire-lavenir-apres-les-gafam-et-les-batx. À présent, intéressons-nous aux tendances technologiques de ces deux prochaines années et au-delà.

Marchés financiers : années “ours” en vue
Les marchés financiers fonctionnent autrement que les marchés technologiques, mais pour une fois, on note une certaine similitude entre ces deux domaines… Du côté de la finance il semble qu’une récession va bientôt pointer son nez. Nous allons vivre des années de type “ours” après avoir vécu plusieurs années de type “taureau” (dans le jargon de Wall Street, les périodes de croissance sont des années “bull” et celles des récessions sont appelées “bear” car l’ours hiberne…). Après avoir connu une période euphorique, il est désormais possible que les marchés technologiques subissent le même genre d’inflexion; l’effervescence et les excès qui caractérisaient ces derniers mois risquent fort de se voir remplacer par une période d’accalmie d’au moins un an.

Des promesses délirantes qui ont fait des dégâts
Inutile de rappeler les promesses mirifiques concernant aussi bien l’intelligence artificielle que la blockchain que nous avons vues déferler dernièrement. Comme on pouvait s’y attendre, ces promesses n’ont pas été tenues et ne le seront toujours pas dans les deux années à venir…

Du côté de l’intelligence artificielle, on sait désormais que seuls les très grands acteurs sont concernés et qu’ils sont les seuls à pouvoir aligner les volumes de données nécessaires. Et du côté de la blockchain, il était clair depuis le début que les objectifs affichés étaient totalement inatteignables. Après de telles surenchères, une année de pause fera du bien à tout le monde !

Le pic des smartphones
L’événement clé qui permet de savoir qu’on est en train de basculer d’une période à l’autre réside dans l’annonce récente des résultats décevants des ventes de smartphones durant le dernier trimestre 2018. Il ne s’agit pas seulement d’Apple qui reconnaît d’avance que ses ventes d’iPhone sont en train de plonger, il en est de même pour Samsung qui est l’autre acteur important de ce marché. À partir du moment où les deux leaders constatent la baisse de leurs revenus dans ce secteur, c’est bien que le marché est en train de se retourner.

En vérité, il semble que ce soit depuis le début de 2017 que le marché des smartphones ait atteint son apogée commercial.

Sur ce graphique (source : The Economist), on voit bien que les ventes de smartphones commencent à décliner dès début 2017…

Des ventes encore considérables, mais plus de croissance
Cela ne signifie évidemment pas que ces appareils mobiles ne vont plus se vendre en quantité. Dans une situation de type plateau et léger déclin que l’on constate désormais, le volume représente quand même plusieurs centaines de millions d’unités chaque année (au minimum !). Le marché des PC a connu son apogée il y a seulement quelques années, avec un point culminant en 2011 (d’après The Economist), et pourtant il se vend encore des millions de PC annuellement. On sait bien que la tendance technologique de notre marché est déterminée par les produits les plus en vogue donc, sur ce plan, on peut en déduire que ce ne sont plus les progrès minimes des smartphones qui vont avoir de l’influence sur cette évolution.

Bref, la Blockchain a failli et les smartphones sont désormais du passé… que peut-on voir pointer à l’horizon alors ?

Le CES de Las Vegas, pas de nouvelle tendance majeure
Le récent salon Consumer Electronic Show de Las Vegas nous a permis de découvrir son habituel flot de petites nouveautés et on s’aperçoit qu’il n’y a rien de marquant dans ce dernier millésime, sinon une confirmation des tendances de ces dernières années (IA, voitures autonomes, réalité augmentée et virtuelle), mais rien de déterminant et surtout rien de complètement novateur.

Le nouveau truc à la mode : le RPA… le RP quoi ?
C’est ainsi que l’on peut considérer que nous sommes entrés dans une période de consolidation. Et, dans ce contexte apaisé, la mode du moment réside dans le RPA (Robotic Process Automation) qui est intéressante par son caractère concret et raisonnable (voire même un peu plan-plan) et qui nous montre à quel point nous sommes passés d’une extrême à l’autre.

Bien entendu, cette période intermédiaire ne va pas durer et tous les observateurs sont déjà à la recherche de la prochaine “grande affaire” (the next big thing…). L’objet de cette chronique est justement de déterminer quelle va être cette prochaine “grande affaire” qui va nous occuper pendant des années et déterminer l’évolution technique à venir.

Les indices sont largement disponibles
Pour le savoir, il faut s’intéresser aux nouveautés technologiques apparues durant ces cinq dernières années… je résume rapidement : les montres connectées, les lunettes à réalité augmentée et les enceintes intelligentes de type Alexa. Il suffit ensuite de déterminer le point commun entre ces divers “accessoires”. Et là c’est simple, il s’agit de l’interface utilisateur. En effet, on constate que toutes ces nouveautés nous apportent des façons différentes d’interagir avec des ressources informatiques quasiment illimitées, car elles proviennent désormais du Cloud.

Interagir avec ces ressources sans avoir recours à des dispositifs encombrants comme la combinaison clavier/souris est bien le point clef de ces nouvelles interfaces utilisateur avec, en particulier, l’interface vocale qui est la réelle découverte de ces dernières années. Un ultime indice réside dans la part prise par le grand public dans les nouvelles vagues. Il y a trente ans, les innovations s’imposaient d’abord dans le monde professionnel avant d’être “démocratisées” et d’envahir la sphère du grand public. Désormais, c’est l’inverse : le marché des consommateurs est la cible prioritaire des acteurs influents et c’est là que se déterminent les usages populaires qui sont ensuite repris et adaptés au milieu professionnel.
Pour la prochaine vague, ce sera encore le cas…

Une informatique omniprésente
Donc, je vous l’annonce, la prochaine “grande affaire” sera la concrétisation du concept d’informatique omniprésente (pervasive computing). Elle combinera à la fois les objets portables, les nouvelles interfaces et la connexion permanente au réseau. On va enfin pouvoir utiliser l’interaction permanente avec différents types d’assistants qu’on manipulera par divers moyens, que ce soit des gestes, la voix, ou même des clignements des yeux.

Pour renforcer encore l’imminence de cet avènement, on peut ajouter du côté réseau l’arrivée de la 5G qui se confirme de plus en plus. Évidemment, il faudra du temps pour la déployer et la généraliser; cela ne se fera pas en quelques mois. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder combien de temps a pris le passage de la 3G à la 4G et ça n’est pas encore terminé (en France, inutile d’attendre le moindre déploiement de la 5G avant 2020…). Mais on sait que, inéluctablement, la 5G finira par arriver, se généraliser et sans doute ringardiser la norme wifi qui ne pourra perdurer (car elle reste limitée à un usage “local”).

En combinant la miniaturisation toujours plus accentuée de nos moyens informatiques avec l’omniprésence de la connexion réseau ainsi que l’amélioration des interfaces utilisateur (la reconnaissance vocale est une illustration significative des progrès de l’intelligence artificielle), nous allons permettre la généralisation de cet usage permanent de l’informatique y compris lors de nos déplacements les plus ordinaires.

Imaginons une journée de travail avec l’informatique omniprésente
Pour illustrer un peu ce que cette tendance va nous apporter, essayons d’imaginer ce que serait une journée de travail où l’on profiterait pleinement des avantages de l’informatique omniprésente, mettons à cinq ans d’ici (et cinq ans, c’est un strict minimum, hein !)…

Monsieur N. est réveillé par son assistant numérique habituel qui le tire du lit en lui faisant un briefing audio sur l’actualité (brièvement), sur la météo (encore plus brièvement) et surtout sur la journée qui l’attend. Il passe à la salle de bains où s’affichent sur le miroir ses objectifs mensuels en termes de style de vie : poids, exercices, temps passé sur les écrans, temps passé en famille et ainsi de suite.

Il s’habille ensuite en prenant soin de vérifier que ses “vêtements intelligents” sont bien chargés à fond afin de tenir jusqu’au soir sans défaillance. Le trajet dans les transports en commun passe vite grâce aux podcasts qu’il écoute régulièrement afin de se motiver pour la journée. Une fois arrivé aux bureaux (partagés), il reçoit la mise à jour du planning des réunions et des rendez-vous prévus. Il a juste le temps de s’installer devant sa station de travail (son smartphone se branche automatiquement sur son ensemble écran/clavier/souris quand il s’en approche) afin de saisir les derniers paragraphes du rapport sur lequel il travaille depuis une semaine. La nuit de sommeil lui a enfin permis de trouver les mots justes pour sa conclusion…

Sa montre connectée lui envoie un premier retour haptique qui lui indique que sa première réunion va débuter. Quand il approche de la salle, un autre retour haptique lui confirme qu’il s’agit bien du bon endroit. Il provoque l’enregistrement audio et vidéo de la réunion en clignant trois fois des yeux de façon rapprochée grâce à ses lunettes à réalité augmentée (AR) qui lui affichent également le nom et le rôle des participants quand il pointe le regard sur chacun. N. passa ainsi sa journée de travail aidé par son assistant numérique avec lequel il interagissait selon différents modes : clavier et souris quand il était à son bureau, voix et/ou gestes quand il n’y était pas.

Grâce à la connexion 5G, il est en permanence relié au réseau, quel que soit l’endroit où il se trouve ou le moyen de transport qu’il utilise en déplacement. Pas de rupture dans la liaison avec ses données et pas d’interruption des conseils de son assistant numérique : selon les situations, les éléments utiles apparaissent dans ses lunettes AR (carte de navigation lors d’un déplacement ou options de choix face à un appareil peu familier).

Une fois de retour chez lui, N. écoute le bilan de son activité journalière diffusé par l’enceinte du salon : le nombre de pas qu’il a fait, le nombre de tâches qu’il a accomplies et les événements qui sont arrivés entretemps et qui peuvent le concerner de près ou de loin. Encore une bonne journée en phase avec ses objectifs mensuels…

Bien entendu, cette petite fiction a une portée limitée et il y a plus de chances que nos journées soient différentes que le contraire… Cependant, elle permet de se rendre compte de l’omniprésence de l’assistant numérique (quelle que soit son origine, Amazon, Google ou Microsoft) qui devient l’équivalent du “contrôleur aérien” de notre activité, minute par minute.

C’est cet assistant qui va lancer les différentes applications dont nous aurons besoin au fur et à mesure du déroulement de notre journée et de la nature de nos activités.

La face sombre de l’omniprésence…
Cependant, difficile de ne pas parler de la “face sombre” de cette omniprésence… En effet, dans notre petite simulation, Monsieur N. n’est jamais “tranquille” : l’assistant est toujours là pour lui dire quoi faire, lui afficher quoi savoir et l’abreuver de conseils (plus ou moins utiles). On peut comprendre que certains vont trouver cela “trop” : trop intrusif, trop permanent, trop connecté, etc.

Pourtant, un petit retour en arrière nous montre que les utilisateurs sont quand même très demandeurs de cette “assistance intelligente permanente” et, pour s’en convaincre, il suffit de se souvenir comment ils ont plongé (avec un enthousiasme qui n’avait pas été anticipé) sur les réseaux sociaux, l’usage des téléphones mobiles, voire même du GPS (y compris pour se retrouver dans des situations embarrassantes avec ce dernier…).

Pour les éventuels rebelles, on peut imaginer que, après les premiers cyber-café qui ont servi à faire connaitre Internet il y a bien des années, nous verrons apparaitre des salons de “déconnect-thé” qui permettront de souffler un instant, de retrouver un peu d’autonomie et de silence dans un monde devenu hyperconnecté.

Une nouvelle ère qui va prendre le temps de s’installer
La direction est claire (l’informatique omniprésente), mais point trop d’enthousiasme, car le calendrier lui l’est moins. De tels changements dans les infrastructures vont demander des années à se mettre en place, étape par étape. On oublie trop souvent le poids de cette dimension temporelle. Et pourtant, on l’a vérifié mainte fois ces vingt dernières années, les évolutions significatives s’imposent en deux temps : graduellement puis soudainement.

C’est ce qui s’est passé avec l’Internet et le Web, ça s’est reproduit avec les mobiles et c’est encore le cas dernièrement avec l’interface vocale. Pour reprendre cet exemple, les progrès ont été lents pendant les quinze dernières années (graduellement donc) puis ils ont franchi un cap décisif avec SIRI d’Apple tout d’abord et Alexa d’Amazon ensuite (soudainement enfin). L’impression d’accélération de l’évolution technique que ressent le grand public vient justement du fait qu’il ne voit que la seconde phase (soudainement) et reste aveugle de la première (graduellement). Mais quand on connait les coulisses, on sait bien que les “révolutions en une nuit” demandent généralement vingt ans de maturation préalable…

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