Les NFT, avenir de l’art numérique ou bulle spéculative ?

Puisqu’on évoque une bulle spéculative, il est temps d’aborder le sujet des NFT… Ah les NFT (pour non-fungible token, plus à https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeton_non_fongible), parlons-en !

Cette courte vidéo est une bonne introduction au sujet :

Dans cette dernière, on vous dit que les artistes vont pouvoir se passer d’intermédiaires grâce au NFT. N’en croyez rien !

On vous affirme cela depuis les débuts du web et ça s’est toujours avéré faux. La fameuse désintermédiation se termine toujours en une réintermédiation (le fameux collage vendu à un prix record -reproduit ci-dessous- l’a été par Christie’s, un acteur bien établi du marché de l’art…), seuls les noms des vainqueurs ont changé…

Le fameux collage de Beeple qui s’est vendu en NFT à 69,3 millions de dollars (grâce aux bons offices de Christie’s…).

Le 11 mars, Christie’s a vendu un collage numérique d’images intitulé “Tous les jours – Les 5 000 premiers jours” pour $69,3 millions. La vente a élevé le créateur de l’œuvre, Mike Winkelmann, alias Beeple, au rang d’auguste compagnie de David Hockney et Jeff Koons, les deux seuls peintres vivants à vendre à de tels prix.

Christie’s a vendu l’œuvre d’art comme un “jeton non fongible” (un NFT donc). Pour faire court, disons qu’un NFT est un enregistrement sécurisé basé sur la blockchain qui représente des éléments de médias numériques. Inventé il y a quelques années, il peut être lié non seulement à l’art numérique, mais aussi à du texte, des vidéos ou des bouts de code.

La critique contre les œuvres d’art numériques est que, contrairement aux objets de collection physiques, elles peuvent être copiées avec une fidélité parfaite et consommées à l’infini en ligne. Elles ont donc une valeur intrinsèque limitée. Un jeton apporte le droit de se vanter d’une version unique et authentifiée d’une œuvre d’art numérique, d’une chanson ou d’une image d’un chat. Un autre attrait pour le monde créatif est que les NFT facilitent la création de paiements aux artistes lorsque leurs œuvres sont vendues.

Pour le moment, les NFT sont surtout un élément de plus de la bulle spéculative autour des crypto. Le marché mondial du NFT est passé de quelques dizaines de millions de dollars de ventes annuelles il y a quelques années à plus de $300 millions au cours du seul mois dernier, selon Andreessen Horowitz, une société de capital-risque.

Les NFT sont présentés comme faciles à réaliser, mais ce n’est pas si évident quand on se plonge dans les arcanes du processus comme l’explique fort bien Aurore Gayte de Numerama dans cet article : https://www.numerama.com/tech/702061-on-a-fait-un-nft-et-on-a-perdu-150-euros.html 

Bref, ne croyez pas tout ce que vous lisez sur le web ou entendez sur YouTube : les NFT sont encore un peu trop jeunes pour “être à la portée” de tous comme la propagande essaie de le faire croire.

Pourquoi une œuvre authentique ?

La question de l’authenticité d’une œuvre d’art a toujours été sensible. Lors de l’invention de la photographie, certains ont alors affirmé que la peinture n’avait plus lieu d’être. Aujourd’hui, on peut acheter une reproduction soignée (difficile à distinguer de l’originale) d’une œuvre célèbre pour quelques dizaines d’euros. Pourquoi donc payer des millions pour avoir “la vraie” ?

La question se pose de nouveau avec les NFT et notre perplexité vis-à-vis de ces ventes nous renvoie simplement à notre apprentissage culturel en cours : une fois que les NFT auront trouvé leur (vraie) place et qu’on s’y sera habitué, la question ne se posera plus… jusqu’à la prochaine fois !

De plus, n’oublions pas que le marché de l’art a toujours été sujet à des transactions douteuses. Choisir des NFT ressemble à trier les vrais Rembrandts de ceux barbouillés par de simples adeptes. Une autre incertitude autour de la valeur supposée des NFT réside dans le fait qu’un créateur peut changer l’image de l’œuvre même après la vente (ce qui ruine le côté “intangible” tant vanté de la Blockchain dans le cas des cryptomonnaies). Pour le démontrer, un “artiste crypto” a récemment “tiré le tapis” sur certains de ses NFT pour mettre en évidence la faille. Une série de portraits numériques colorés s’est soudainement métamorphosée en images de tapis anciens !

Lisez plus au sujet de cette délicate affaire sur cet article, mais en gros, il s’agit de se rendre compte que tous les NFT ne sont pas égaux, puisque leur “solidité” va dépendre du mode de stockage employé pour leurs métadonnées. 

Je pense que de nombreuses péripéties de ce goût-là vont émailler le parcours des NFT avant que ces derniers trouvent leur place (la musique est un bon “secteur candidat” pour les NFT car c’est un domaine où le besoin d’authentifier les premiers auteurs d’un air ou d’un arrangement est très présent) et s’inscrivent dans la durée.

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